Pouvoir d'Achat

Publié le par PR Cacoomo

 

Pouvoir d’achat

 

 

Je voudrais humblement dédier cette chronique à Milton Friedman, un prix Nobel d’économie (1976) comme jamais la France n’en produira, qui vient de nous quitter dans l’indifférence générale de ceux qui prétendent nous conduire et nous éclairer. Les candidats à la fonction suprême devraient pourtant avoir la sagesse de le lire et le relire.

 

Les hommes et les femmes politiques ont la faculté de m’inspirer, notamment lorsqu’ils font mine de se préoccuper de la défense du pouvoir d’achat des français. Car il y a une machiavélique indécence à voir les responsables politiques ou syndicaux vouloir défendre le pouvoir d’achat, menacé nous dit-on par la mondialisation, alors que les mêmes s’échinent à cautionner un système qui se traduit précisément par le rétrécissement inéluctable du revenu disponible. Il est urgent d’avoir les idées claires à ce sujet car c’est en cédant aux promesses intenables que les ménages se mettent la corde au cou.

 

Un paysan sait bien que la quantité de blé qu’il ramène à la maison est liée à la quantité récoltée. En termes plus modernes, le revenu des ménages est borné par la productivité du travail. Les possibilités de progression du revenu global sont donc conditionnées par les possibilités de progression de la productivité.

Intéressons nous maintenant au revenu complet du ménage qui représente le coût total du travail du point de vue de l’employeur. Une grande partie de ce revenu est amputée à la source par les charges sociales dont le prélèvement autoritaire est destiné à financer les différentes caisses (familiales, maladie, vieillesse) de la sécurité sociale au nom d’un pacte social auquel les français sont très attachés. Ils sont tellement attachés qu’on ne leur donne pas le choix d’encaisser cette part de leurs revenus pour l’affecter à des caisses de leur choix.

Le revenu que les ménages vont donc effectivement encaisser est constitué par le revenu disponible. Dans cette part, il faut que les ménages prévoient de conserver la partie elle-même de plus en plus grande qui fera l’objet d’un prélèvement fiscal direct (impôts nationaux et impôts locaux). Finalement, la partie restante constitue la partie réellement disponible du revenu des ménages dont une part doit être consacrée à l’épargne, par mesure de précaution élémentaire. Le reste donne donc la mesure du pouvoir d’achat. N’oublions pas au passage que lorsque le ménage consomme, il paie sans s’en apercevoir un impôt indirect (la TVA) dont la part ampute encore le pouvoir d’achat réel.

 

Ces données sont élémentaires mais leur analyse est rarement faite. Puisque les partenaires sociaux ou les politiciens démagogiques nous parlent sans cesse de la défense du pouvoir d’achat, ils doivent comprendre que la dérive des finances publiques (liée à l’extension sans limite de l’intervention de l’Etat) conduit à une augmentation de toutes les formes de fiscalité, soit par une création d’impôts nouveaux ou de taxes nouvelles, soit par une augmentation des impôts et taxes existantes. Ils doivent aussi prendre conscience que la dérive des comptes sociaux (liées à la multiplication des droits sociaux) conduit à une augmentation des charges sociales selon le même principe : création de nouvelles cotisations (CSG, RDS) et augmentation des cotisations existantes.

Comme on ne peut pas décréter un accroissement du revenu sans avoir au préalable un accroissement de productivité, l’effet cumulé de ces deux dérives est de rétrécir le revenu disponible réel. Mais, le rétrécissement du revenu disponible ne déprime pas seulement le pouvoir d’achat, il affecte aussi les capacités d’épargne des ménages, sans lesquelles on ne peut financer les investissements productifs. Or, sans investissement, aucune chance de redresser la productivité : le seul ajustement possible se fait donc sur le pouvoir d’achat.

Et la France est coincée dans une spirale pernicieuse tandis que l’emballement des prélèvements de toute sorte accroît le coût total du travail et réduit l’attractivité économique du territoire.

 

Si les candidats au poste suprême sont vraiment soucieux de défendre le pouvoir comme ils l’affirment si promptement dans leurs discours de campagne, alors ils doivent briser ce cercle vicieux notamment en stoppant la dérivé des comptes publics et sociaux, et donc finalement en touchant au cœur de ce qui fait le « modèle social français » : le périmètre de l’action publique d’un côté, le monopole de la sécurité sociale de l’autre côté.

Tant qu’aucun homme ou femme politique ne mettra en cause le poids de l’Etat croissant d’un côté, et le monopole de la sécurité sociale de l’autre côté, il n’y aura aucune chance de stopper la diminution inexorable du pouvoir d’achat des ménages ; et les français (notamment les classes moyennes) continueront de s’appauvrir.

 

 

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