Le Vrai...

Publié le par Manfred Stricker

J'espère que vous apprécierez autant que moi ce texte, même et surtout s'il vous choque. Gaudin

La vérité, une pulsion



Une des propositions qui m’ont le plus frappé dans ma vie est de St Paul (né v. 10 à Tarse, en Cilicie, auj. İçe, en Turquie- mort v. 65 à Rome), cité par Albert Schweitzer (né à  Kaysersberg, Haut-Rhin en 1875, mort à Lambaréné en 1965.):

il n’y a rien à faire contre la vérité”.


Dans l’espace de liberté que la Réforme protestante avait créé en Europe s’était formé de nouvelles théories politiques, notamment grâce à Jean Bodin ( 1530 à Angers, en Maine-et-Loire -  1596, à Laon, dans l'Aisne), à Johannes Althusius ( 1557 in Diedenshausen —1638 à Emden, en Frisie orientale)  et à Hugo Grotius ( Delft, 10 avril 1583 - Rostock, 28 août 1645), penseurs qui avaient aussi retrouvé le chemin de l’antiquité grecque. Grotius notamment est l’auteur d’un “droit naturel” qui domina la pensée européenne pendant les 17e et 18e siècles. Une théorie basée sur une créature humaine raisonnable, constituée pour une vie en société. On retrouve déjà cette idée chez Martin Luther (1483, Eisleben - 18 1546, Eisleben) qui, dans un texte peu connu avait dit que Moïse était pour les chrétiens un homme mort et que ses commandements se trouvaient déjà en chaque homme à sa naissance (rappelons que Luther avait enseigné l’ancien testament pendant 28 ans sur les 32 années de son enseignement). Idées qui se retrouvent chez Jean-Jacques Rousseau (1712 - 1778).

Entre parenthèse on peut dire ici que l’homme souffrant d’un péché originel est probablement une invention du clergé pour mieux mettre la main sur l’homme. La meilleure démonstration étant Esdras, rédacteur de la Torah au Vie siècle avant notre ère, qui avait inventé le péché originel de l’aspiration à la connnaissance qui arrange le mieux le clergé; on constate bien aujourd’hui que plus les connaissances s’étendent, plus l’influence des clergés rétrécit parce que les bonnes recettes s’usent et qu’ils trop paresseux pour en inventer de nouvelles.

Ce qui explique qu’il n’y a rien à faire contre la vérité est que chaque individu a un besoin quasi irrépressible de participer à son établissement, comme on dit dans les tribunaux. Souvent même contre eux-mêmes. Il est vrai que la Vérité sait ruser et utiliser la vanité humaine. Il est fort possible que la vanité et le besoin de parler vrai additionnent leur pouvoir pour l’apparition de la vérité. Voici quelques exemples.

Dans ses mémoires, le financier américain Bernard Baruch qui avait “dirigé” à la fois Churchill et Roosevelt, sans doute sur instruction de pouvoirs encore au-dessus de lui, raconte comment il s’est enrichi avec une spécialité qui est la manipulation boursière. Si les “énarques” français avaient lu ses mémoires, ils auraient fait épargner à la France de perdre des milliards dans les spéculations boursières internationales. Quand vous mettez une entreprise à la bourse, c’est comme si vous lâchiez vos chats, chiens, cochons, vaches et chevaux dans la nature. Vous constituez alors une réserve pour les chasseurs qui pourront s’en emparer quand ils le voudront. En manipulant les cours de bourse, ce qui est aujourd’hui plus facile encore qu’au siècle dernier.

Autre exemple. Dans ses mémoires Nahum Goldmann explique avec quelles ruses les juifs américains ont peu à peu amené les présidents américains à créer l’Etat d’Israël. Et bien d’autres choses encore. On lira bien un jour toute la vérité sur les opérations du 11 septembre 2001, comme on a finit
 apprendre la vérité sur Pearl Harbor. Et le coup de Pearl Harbour qui a entraîné les Etats Unis une nouvelle fois dans une guerre européenne n’empêche pas le président Roosevelt de passer pour l’un des plus grands présidents de l’histoire américaine, alors qu’il fut le pire. Même comparé à Bush. Et bien que Roosevelt fut cultivé autant que Bush est ignorant.

Un autre cas supérieurement intéressant est le dossier Rudolph Hess en Grande Bretagne. Mme Thatcher avait décidé de le tenir fermé 40 ans de plus que prévu. On se doute bien de ce qu’il contient : Hess avait proposé la paix à l’Angleterre. Proposition que Churchill, obéissant à d’autres intérêts que ceux de l’Angleterre, ne pouvait évidemment pas accepter (disons en passant que Churchill fut le grand destructeur de l’empire britannique). Mais le dossier existe. On pourrait dire que quand un mensonge a bien servi, il y a un consensus pour permettre à la vérité de reparaître. C’est pour cela peut-être que le mot grec pour mensonge est alitheia, le dévoilement.  La vérité est tout simplement quelque chose que quelqu’un avait caché.

Cette réflexion m’a été inspirée par Chirac déclarant à Pierre Péan son son admiration pour François Mitterrand "homme très intelligent et cultivé, pas du tout comme moi" ! Une déclaration tout de même extraordinaire de la part d’un homme ayant totalement vécu dans une civilisation du faux, ayant même contribué, par ses immenses pouvoirs, bien plus grands que ceux qu la Constitution accord à un président de la République – pouvoirs que lui abandonnent les représentants du peuple “faibles et flemmards” - à la rendre plus fausse encore. On sent que Jacques Chirac en a maintenant marre de mentir, de vivre contre la nature  humaine, de violer le “droit naturel” qui a réémergé en Europe au temps de la Réforme, et qu’il veut enfin vivre en harmonie avec les Français, dans la société française.

J’ai observé déjà plusieurs fois qu’avec la retraite, les hommes politiques et les fonctionnaires acquièrent le droit de parler vrai.
 ms

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Publié dans liberation

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