Euthanasie suite

Publié le par Gaudin

Je n'ai pas bien compris votre opinion sur l'euthanasie. Je pense qu'il y a
polémique parce que personne ne parle de la même chose. Il y amalgamés : 1°/
la fin de vie volontaire, 2°/ le traitement de la souffrance. On connaît la
polémique de 2001 de B. Kouchner qui avait dit haut et fort qu'il avait
"pratiqué l'euthanasie", comme toujours les réactions n'ont pas fait dans la
mesure ; du coup BK a rétrocédé et parlé d'analgésie en fin de vie.
Pour le point n°1 ("on est des humanistes, on abrège la vie, car on aime
notre prochain et on veut lui supprimer la douleur"), je note 1°/ qu'on peut
traiter la souffrance sans mettre fin à la vie pour autant (analgésie), 2°/
qu'on ne dit pas clairement qu'une personne non productive, non
consommatrice à Auchan mais à l'AP de Paris, ferait mieux de gicler d'ici
bas (sauf Francis Mer qui, une semaine avant la canicule (!!!) avait sorti
cette phrase pour détendre l'atmosphère tendu du conseil des ministres : "il
faudrait supprimer la dernière année d'existence, c'est celle qui coûte le
plus à la collectivité" (Canard Enchaîné). Les autres aspects de la question
qui méritent la discussion, sont d'après moi : 1°/ le droit de l'individu à
gérer sa vie (mais là, il faudrait éviter d'attendre que le sujet n'ait plus
son mot à dire, j'ai trop vu en gériatrie d'héritiers très diserts sur
l'"euthanasie" par humanitarisme). 2°/ l'acharnement thérapeutique (on se
souvient de la façon pitoyable dont Tito avait été tronçonné comme le plus
vulgaire des chorizos).
Pour revenir au terme d'"euthanasie" c'est le terme typique de nos années
70-90, c'est à dire une réponse incluse dans le mot avec, en prime, une
tonalité gnangnan pseudi-humanitariste du genre mal-voyant, mobilité
réduite, etc... Celui qui utilise le mot euthanasie vient avec sa réponse en
poche (est-ce un hasard s'il est tant prisé par les médias qui aiment tant
procéder en diffuseurs de vérités révélées ?). Le préfixe grec "eu", bon,
évidemment ici, moi me fait rigoler, jusqu'où donc le crétinisme sémantique
du régime ira-t-il ? Je note que personne n'est gêné par ce terme tout à
fait grotesque, peut-être aussi parce que ce mot évoque la mort, tout de
même (mais les Français ont perdu leur esprit de Fronde aussi...). A
"euthanasie" je préfère le mot "débranchement", plus vrai, plus honnête,
surtout quand la personne n'est plus rien de ce qu'elle a été et n'est plus
qu'un légume ; qu'on nous épargne ce terme grandiloquent et gnangnanissime
d'"euthanasie" ! Quant au médecin, il a toujours débranché, la plupart à
fort bon escient, et dans la modestie du silence. C'était mon pain quotidien
aux pavillons des leucémiques dans le service du Pr. Binet à La Salpêtrière
(on injectait du KCl). Nous n'avions aucune envie d'aller montrer nos
bobines à Canal + ou à M6 pour nous faire passer pour des héros de la
médecine ! que les médecins fassent de l'exhibitionnisme parce qu'ils ont
envoyé ad patres leurs semblables, je trouve cela totalement incongru. Pour
moi un médecin soigne et guérit (là, c'est encore mieux), un point c'est
tout, le reste qu'il débranche un ex-être humain, qu'il mette le voile
islamique, qu'il porte la barbe, qu'il soit végétarien, gay, UMP,
collectionneur de timbres, cela ne regarde que lui. Encore plus incongru la
montée au créneau de l'Ordre des médecins venu à la rescousse, l'Ordre à qui
rien de médiatique n'est étranger. Tiens, l'Ordre en question ne s'est pas
trémoussé devant les médias pour l'affaire de la canicule d'août dernier, ni
du sort fait à Paris aux centaines de petits vieux survivant dans la misère
sous leur soupente ; ni M. Chirac, ni M. Bayrou, ni M. Delanoé. Quant à
l'Ordre c'est le fruit blet de son époque blette.


Très cordialement,

Publié dans liberation

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